C'est de la base de l'US Air Force d'Al-Udeid au Qatar que les frappes aériennes sur Fallujah furent coordonnées avec la
plus grande précisionL'opération "Phantom Fury"
Le M 109 A6 Paladin est un canon automoteur de 155 mm destiné à l'appui des unités blindées et mécanisées de l'US Army. C'est un matériel qui commence à
vieillir
La bataille du mois de novembre s'est déroulée sans boucliers humains. Fallujah ne pouvait désormais plus offrir de protection à la guérilla, et les frappes
de l'artillerie américaine furent d'une terrible efficacité
À partir de ses bases de départ, l’offensive sur Fallujah suit un axe Nord-Sud organisé en 6 couloirs de pénétration empruntés par des unités du US Marines
Corps en bleu et de l’US Army en vert
Les premiers objectifs de l'assaut sont le secteur de l'hôpital et les deux ponts principaux à l'Ouest de la ville
La
situation au lundi 8 - mardi 9 novembre 2004
La ligne Jenna, limite Sud de l'opération Phantom Fury
Frappe aérienne directe sur un bâtiment dans Fallujah
Depuis la première
Guerre du Golfe le M2 Bradley a fait la preuve de son efficacité en tant que Véhicule de Combat d'Infanterie (VCI). Bien armé, bien protégé, rapide, il emporte dans ses flancs un groupe de
combat d'infanterie. Avec le M1 Abrams il constitue un binôme tactique d'une redoutable efficacité
L'AAVP7 A1 Amtrack est un engin blindé amphibie
utilisé par le Corps des Marines. Prévu à l'origine pour des opérations de débarquement, son exceptionnelle robustesse en a fait un véhicule de transport de troupes utilisé par les US Marines en
combat urbain à des centaines de kilomètres de la mer
Stryker
Tir direct au canon de 120 mm sur une habitation dans Fallujah par un char M1
Abrams
Colonne
d'engins blindés M1 Abrams et Amtrack aux abords du parc de Joulwan après une "gun run"
Idéal pour l’appui aérien rapproché des troupes au
sol (Close Air Support), l’AC 130 Spectre est, au sens littéral, une véritable canonnière volante (gunship). Déjà utilisé pendant la guerre du Vietnam, il a depuis été amélioré avec l’intégration
de systèmes de conduite de tir qui augmentent la précision déjà meurtrière de ses armes. Le calibre des munitions visibles sur cette photographie laisse imaginer la puissance de feu d’un tel
avion
Une équipe FIST (Fire Support Team) dirigeant une frappe aérienne dans Fallujah
Le secteur de la gare dans le quartier de Joulwan
L'échangeur autoroutier situé à l'Est de Fallujah. Coupant la ville en deux, la
Highway 10 - "Michigan One" dans sa partie urbaine - visible d'Ouest en Est, relie Bagdad à Amman. C'est cette Highway 10 que la coalition a surnommé la "route de la mort"
Soldats irakiens et américains dans Fallujah
Civil ou insurgé?
US Marines de la compagnie Bravo du 1/3
Bien que le lance-roquette M
136 AT 4 soit une arme antichar et que l'insurrection ne disposait pas de véhicules blindés, son utilisation se révéla très efficace contre les bâtiments et les bunkers
Scènes de combat urbain
Utilisation des toits et des points hauts afin d'observer les environs
Pénétration dans les bâtiments par des brèches
Dégagement des angles de tir tout en utilisant le bâti urbain en protection
Progression par bonds de point protégé en point protégé
Le nettoyage des maisons une par une. Originaire de Lubbock (Texas), le Spc. Jose A. Velez du 2/7 de la First Cav inspecte un bâtiment le 9 novembre. Il sera tué par un sniper quatre jours plus tard
Dexter Filkins est correspondant de guerre du New York Times. Journaliste "Embeded" durant la bataille de Fallujah, il est un témoin direct des combats.
Huit jours après l'entrée des Américains dans Fallouja, deux Marines avancent, la peur au ventre, vers les entrailles noircies d'une mosquée trouée par des obus de char. Comme les deux hommes montent prudemment l'escalier du minaret, une salve de coups de feu éclate, tirée par un insurgé dissimulé en haut de la tour. Une balle touche l'un des Marines en plein visage. Son sang gicle, éclaboussant son compagnon, derrière. Le Caporal William Miller, 22 ans, s'écroule en silence, mortellement touché. En bas, d'autres Marines appellent: "Miller! Miller!" Le mot d'ordre quasi mystique des Marines selon lequel on n'abandonne jamais un camarade sur le carreau se répand dans le groupe. L'un après l'autre, les Marines s'engagent dans l'obscurité des escaliers. Les coups de feu redoublent. Il faudra quatre tentatives pour que le corps sans vie du Caporal Miller émerge enfin, porté par des hommes couverts de poussière. Mais d'autres insurgés se rapprochent et tirent. Les Marines courent sous les balles de mitrailleuses. "J'essayais de le sortir de là, vous comprenez?", expliquera le Caporal Michael Gogin, 19 ans.Dexter Filkins pendant la bataille de Fallujah
Huitième jour de combat de proximité à Fallouja: la plus longue période de combat urbain que des militaires américains aient vécue depuis la guerre du Vietnam. Souvent, les soldats étaient si près de l'ennemi qu'ils pouvaient voir leurs yeux. Même pour un reporter qui a couvert une demi-douzaine de conflits, se retrouver ainsi avec une unité combattante à Fallouja a été une expérience unique, une plongée dans une bataille différente de toutes les autres. Des premières roquettes tirées depuis la ville sur les Marines qui avançaient jusqu'au vacarme des derniers affrontements, les sensations de cette bataille furent extraordinaires, parfois presque irréelles. Pour cette nouvelle génération de soldats américains, l'intimité du combat, le plongeon dans une guerre urbaine où il faut broyer, écraser, expulser d'une ville des guérilleros retranchés, était une expérience nouvelle. Quelque chose qu'ils auront sans doute à répéter.
Le prix payé par les Américains jusqu'ici à Fallouja - du 8 au 18 novembre - est de 51 morts et 425 blessés. Un bilan qui pourrait encore s'alourdir et qui excède déjà celui de toutes les précédentes batailles d'Irak. Pour les 150 hommes de la compagnie Bravo du premier bataillon du 8e Régiment de Marines que j'ai accompagnés, les combats ont été aussi durs, ni plus ni moins, que pour les autres unités de l'avant-garde. Ils ont avancé à travers les rues étroites de la ville, jusqu'au cœur même de la résistance irakienne, pratiquement toujours à pied, rarement protégés par des chars ou des blindés, 35 kg d'équipements chacun sur le dos. En huit jours de combats, la compagnie Bravo a eu 36 victimes dont 6 morts, ce qui veut dire que, pendant plus d'une semaine, les hommes de l'unité avaient un risque sur quatre d'être tués ou blessés.
Le bruit, la vision et les sensations de la bataille sont à la fois aussi anciens que la guerre elle-même et aussi nouveaux, parfois, que les derniers systèmes d'armes du Pentagone. L'étrange "pop" des canons des avions AC-130, rôdant au-dessus de la ville à la nuit tombée, ouvrant le feu sur des insurgés souvent très près des Américains. Le mystérieux vrombissement des appareils sans pilote Dragon Eyes, sillonnant le champ de bataille en tous sens tandis que leurs caméras renvoient leurs images en temps réel à la base. La lueur des fusées éclairantes lancées ici et là par les guérilleros pour repérer leur cible. (...) Le bref silence entre le "ping"discret d'un obus quittant son tube de mortier et l'explosion quand il frappe. Les hurlements des Marines lorsqu'un de leurs camarades, en l'occurrence le Caporal Jake Knospler, a une partie de la mâchoire emportée par une grenade. "Oh non, non, non!", criaient les hommes en tirant le corps du caporal. Cet épisode-là s'est produit vers 2 heures du matin par une nuit sans lune. Rien, absolument rien du combat que j'ai vu à Fallouja ne ressemblait aux films de guerre du cinéma. Par moments, pourtant, il ne semblait guère plus réel. Les obus de mortier et les grenades tirées au lance-roquettes ont commencé à pleuvoir sur la compagnie Bravo à la minute même où les hommes ont commencé à sortir de leurs véhicules blindés. On aurait dit un feu d'artifice comme on en voit le 4 juillet -fête de l'indépendance américaine- au pays. Sauf que des immeubles entiers, des minarets et des êtres humains étaient vaporisés dans ces barrages d'obus. Un homme vêtu d'une longue dishdasha blanche - la djellaba irakienne - rampait à travers un terrain vague, cherchant à se mettre à l'abri derrière une plante noueuse: il s'est effondré sous une rafale tirée par un char américain.Drone Dragoneye
Les victimes, parfois, arrivent elles aussi en rafales. Le premier matin de la bataille, au cours d'un combat féroce pour le contrôle de la mosquée Mohammadia, 45 Marines du 3e peloton de la compagnie Bravo foncent à travers la 40e rue de la ville sous les tirs des insurgés. Quand ils parviennent de l'autre côté de la voie, cinq d'entre eux gisent dans leur sang au milieu de la rue. Les Marines retournent vers eux pour les ramasser. Il est trop tard pour le Sergent Lonny Wells, qui mourra sur le bas-côté. L'un des hommes qui est allé récupérer son cadavre sous les tirs était le Caporal Nathan Anderson. Il mourra à son tour trois jours plus tard dans une embuscade. La mort de Wells a été une grosse perte pour le moral du peloton. Le sergent, qui commandait une petite escouade, avait personnellement écrit aux parents de ses hommes les plus jeunes pour les assurer qu'il ferait tout pour les protéger pendant leur séjour en Irak. "Il adorait jouer aux cartes, se souvient le Caporal Gentian Marku. Il connaissait toutes les probabilités." Le Caporal Nick Ziolkowski, qu'on appelait Ski, était sniper, tireur d'élite dans la compagnie. Des heures durant, il restait assis sur le toit d'un immeuble, l'œil collé au viseur de son fusil spécial M40, attendant qu'un insurgé apparaisse dans son champ de tir. Parfois, pour mieux scruter ses cibles, le caporal ôtait son casque. Grand, plutôt beau et très chaleureux, le Caporal Ski était l'un des types le plus populaires de la compagnie. Contrairement à la plupart des snipers, qui apprennent à tirer dans les campagnes où ils voient le jour, Ski avait grandi à Baltimore et n'était guère familier des armes. Sa passion était le surf et au Camp Lejeune, base habituelle de la compagnie Bravo, il organisait souvent ses journées en fonction de l'heure des marées. "Tout ce dont j'ai besoin maintenant, nous dit-il un jour à la Grande Mosquée de Fallouja, où il se reposait après avoir tué trois hommes dans la même journée, c'est une plage et un peu de vagues." Ce jour-là, c'est un peu comme si le caporal avait vu venir sa propre mort. "Nous autres snipers sommes désormais les soldats américains le plus visés", dit-il. Pendant la première offensive contre Fallouja en avril, confia-t-il, les tireurs d'élite s'étaient montrés particulièrement meurtriers pour les insurgés. Cette fois, les officiers des renseignements militaires avaient averti: les snipers seraient sans doute des cibles privilégiées. "Ils vont essayer de nous avoir." Un peu plus tard, Ski était sur son toit, dans le quartier de Shouhada, scrutant l'horizon. Pour mieux voir, comme à l'accoutumée, il avait enlevé son casque. La balle qui l'a tué l'a touché en pleine tête, par-derrière.
Voir sans être vu
L'une des impressions les plus marquantes que m'ont laissées les Marines de Fallouja est leur jeunesse. Tout le monde sait que les soldats sont souvent jeunes. Mais c'est autre chose que de voir ces hommes à peine sortis de l'adolescence, dont beaucoup étaient encore au lycée quand cette guerre a commencé, tuer d'autres hommes. Il faut les voir pourtant se battre comme des gamins pour les paquets de Smarties distribués avec les rations! (...) L'un des jeunes de la compagnie Bravo s'appelait le Caporal Romulo Jimenez II, 21 ans. Originaire de Virginie, il passait son temps à montrer ses tatouages - des flammes grimpant le long de son bras - et à parler de sa Ford Mustang 1992. Les types du 2e peloton l'aimaient bien. Il avait présenté sa sœur à un autre Marine, le Caporal Sean Evans, et les deux s'étaient mariés. Quelques jours avant le début de la bataille, Jimenez avait appelé Katherine pour lui demander de refaire l'intérieur de sa Mustang pour son retour. "Fais-la vraiment belle, OK?" Le mercredi 10 novembre, à 14 heures, il a pris la balle d'un sniper irakien dans le cou. Il est mort instantanément. Malgré leur jeunesse, les Marines dominent les gens de leur âge dans le civil, en termes de maturité et de "tripes". Beaucoup des meilleurs Marines de la compagnie Bravo, ses tueurs les plus compétents, avaient 19, 20 ans. Ses trois lieutenants, chacun responsable d'une cinquantaine d'hommes, avaient 23, 24 ans. Ensemble, ils forment comme des bandes anonymes. Mais les hommes qui livrent les guerres de l'Amérique semblent invariablement originaires de villes petites et moyennes, loin des grandes artères du pays. Alignez un groupe de Marines, demandez-leur d'où ils viennent et ils vous donnent toute une liste de lieux comme Pearland au Texas, Lodi en Ohio ou Osawatomie au Kansas. Un exemple type de ceux qui se sont battus à Fallouja s'appelle Chad Ritchie, un caporal de 22 ans, originaire de Keezletown en Virginie. Agent des renseignements militaires, lunettes et ton sobre, le caporal nous a dit combien il était heureux de s'être éloigné de sa petite ville de naissance. Il regrettait, bien sûr, le bon temps qu'il prenait le vendredi soir avec ses copains dans les champs. "On allume un feu de camp, on approche nos camionnettes, on met la musique à fond, on discute en buvant des bières." Comme beaucoup des jeunes de la compagnie Bravo, Chad s'est engagé dans les Marines pour l'aventure. "Ceux qui sont restés là-bas vivent avec leurs parents et gagnent 7 dollars de l'heure, dit-il. Moi, je ne voulais pas être comme ces gens qui vieillissent sur place et le regrettent ensuite. De temps en temps, il faut faire quelque chose de difficile, quelque chose qui n'est pas sa tasse de thé. Un homme a besoin de vérifier s'il a des tripes."
Les Marines ont souvent montré les leurs à Fallouja. Pour autant, la peur ne leur est pas étrangère. Une nuit, alors qu'elle campait dans un bâtiment de la garde nationale irakienne au milieu de la ville, la compagnie Bravo a été prise sous d'intenses tirs de mortier qui se rapprochaient. Les insurgés avaient pris l'immeuble en tenailles, tirant à gauche et à droite. Entre deux salves, dans le hall du bâtiment où les hommes s'étaient retranchés, on entendit monter le murmure de sourdes prières. Et puis, inexplicablement, les tirs se sont arrêtés. Par une autre nuit sinistre, un groupe du 1er peloton s'est engagé dans l'obscurité d'une ruelle de Fallouja. Tout à coup, les Marines se sont retrouvés face à un groupe d'Irakiens en uniforme de la Garde nationale. Leurs vêtements portaient même le petit morceau d'adhésif rouge et blanc qui devait permettre aux Américains de reconnaître les Irakiens alliés: les autres étaient susceptibles d'être tués. À la vue du signe rouge et blanc, les Marines ont salué. Les hommes en uniforme irakien ont ouvert le feu. Le Caporal Anderson est mort sur-le-champ. L'un des blessés, le soldat Andrew Russel, s'est effondré dans un hurlement de douleur, la jambe presque sectionnée. Un autre groupe de marines, entendant les coups de feu, se sont rués au secours des camarades. L'embuscade était bien préparée. Un véritable feu d'artifice les attendait, secouant la compagnie plus fort qu'aucun autre épisode de la bataille.
Dans l'obscurité, les hommes se hurlaient dessus. D'autres restaient plantés là. Alors que le Lieutenant Andy Eckert s'époumonait pour reprendre le contrôle, le peloton paraissait au bord de la panique. "Tout le monde avait peur, expliquera ensuite l'officier. Si le leader ne peut pas tenir, l'unité ne tient plus." L'unité a tenu, finalement. Mais seulement après l'intervention de l'officier commandant la compagnie Bravo, le Capitaine Read Omohundro, un Texan de 34 ans. Il devra d'ailleurs le faire plusieurs fois pendant la bataille pour empêcher l'effondrement de ses unités. Il le fera à sa manière, calme et résolue, y compris sous le feu. (...) "Ouvrez l'œil! lancera-t-il. Nous n'en avons pas encore fini avec cette guerre..."
in "Dans l'enfer de Fallouja", Le Monde, mardi 23 novembre 2004
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