Le 10 juin 1968, le Général Creighton Williams Abrams (1914-1974) succédait auGénéral William Childs Westmorelandà la tête duMilitary Assistance Command Vietnam (USMACV),la structure
de commandement des forces militaires américaines au Vietnam de 1962 à 1973. Cette nomination sanctionnait la stratégie de communication de Westmoreland au lendemain de l’offensive du Têtoù, pourtant,
l’ANVet leViet-Congsubirent une défaite écrasante. Malheureusement pour la cause
sud-vietnamienne, les médias occidentaux présentèrent d’une toute autre manière l’événement: attaque spectaculaire – pourtant tenue en échec – de l’ambassade américaine à Saigon, exécution du
terroriste Vietcong Nguyen Van Lem sous les yeux du journalisteEdward Addams,destruction de la ville de Huê… L’offensive d’Hô Chi Minhfut du coup perçue par les opinions publiques comme une grande victoire psychologique, d’autant plus qu’elle semblait infirmer la communication triomphaliste du
Général Westmoreland sur la durée et l’issue du conflit.
Insigne du
USMACV
Le remplacement de Westmoreland par Creighton Abrams marque donc une rupture dans la perception que les États-Unis avaient jusqu’alors du conflit vietnamien. Le nouveau
commandant du MACV (prononcer “Mac Vi”) est pessimiste quant à l’issue de la guerre contrairement à son prédécesseur. Cependant, il devait surtout tirer les conséquences au plan militaire de la
nouvelle politique américaine au lendemain de l’offensive du Têt, à savoir le début d’un désengagement définitif. Avec Abrams, les États-Unis opèrent un tournant définitif au Vietnam. Les
responsabilités sont désormais pleinement confiées à l’armée sud-vietnamienne, l’ARVN, qui ne devait parvenir seule à résister à la pression communiste.
Certes, Abrams devait encore conduire une grande offensive contre les Khmers rouges auCambodgeen 1970, mais à partir de 1973 le désengagement américain est quasi définitif. Lorsqu’en mars 1972, une
armée communiste de 200 000 hommes attaque de nouveau le Sud-Vietnam, il n’y a plus que 24 000 soldats américains sur place. En 1968, ils étaient encore un demi-million! Cette offensive destinée
à protéger le gouvernement de Lon Nol des Khmers rouges tout en frappant les sanctuaires nord-vietnamiens, devait être la dernière grande opération américaine de la Guerre du Vietnam.
Creighton Abrams eut donc à superviser le retrait militaire américain du Vietnam, ce dans un contexte plus large de crise pour l’ensemble de l’US Army.Du 12 octobre 1972 au 4 septembre 1974, le Général Abrams devientChef d’État-majorde l’US Army. C’est à lui que revient la lourde charge de
réorganiser une armée démoralisée par la guerre, qui ne comprend pas ce qui lui est présentée comme une défaite alors qu’elle fut victorieuse dans tous les combats l’opposant à l’ANV ou au
Viet-Cong. Une armée dont les effectifs désormais s’effondrent avec la suppression officielle du service militaire obligatoire le 30 juin 1973.
Au même titre que Westmoreland, le Général Creighton Abrams était issu deWest Point(1936) et fut des grandes guerres du XXe siècle de l’Amérique. Spécialiste de l’arme blindée, il fut durant la Deuxième Guerre mondiale de ces officiers américains
qui se forgèrent dans le sillage d’unGeorge S. Pattonface
à laPanzerwaffe.Il se distingua notamment durant lesiège de Bastogneoù il fallait dégager au plus vite les
parachutistes de la101e.
Tank destroyers américains dans les Ardennes durant l'hiver 1944
Char M1 Abrams en Irak
D’une extraction populaire et modeste contrairement à un Patton ou à un Westmoreland, Creighton Abrams n’en fit pas moins une carrière
militaire brillante par la suite, servant enCoréeet
au Vietnam. En hommage, l’US Army donna son nom à son dernier blindé de combat le M1. Aujourd’hui, largement déployé en Irak, leM1 Abramsest techniquement considéré comme l’un des meilleurs engins de combat du fait d'un engagement
opérationnel et d'une épreuve du feu que d’autres blindés plus modernes n’ont encore réalisé.
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Un site français dédié aux soldats américains en Irak.
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