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Mercredi 4 juin 2008
LA BATAILLE DE MIDWAY (4-5 JUIN 1942)

La bataille de Midway révéla le courage des pilotes américains dans un contexte stratégique et tactique défavorable

    Le 4 juin 1942 débutait la bataille de Midway. Elle s’acheva le lendemain par une très nette victoire américaine. Celle-ci porta un coup d’arrêt décisif à l’expansion japonaise dans le Pacifique, six mois seulement après l’attaque de Pearl Harbor. Nonobstant sa brièveté, Midway constitua donc une bataille majeure de la Deuxième Guerre mondiale.


    La dimension stratégique de la bataille de Midway

    Midway est un atoll américain qui se trouve dans le prolongement Nord-Ouest de l’archipel des Hawaii, non loin de la ligne de changement de date (180e méridien). Stratégiquement, l’île et son aérodrome militaire tiennent le rôle d’avant-poste américain dans le Pacifique central. Pour les Japonais, s’emparer de Midway en y débarquant 5000 hommes était un moyen de renforcer leur ligne de défense orientale, tout en rendant très rapidement possible une offensive sur l’ensemble des Hawaii. Si ces dernières tombaient, c’était le territoire américain – plus particulièrement la côte Ouest – qui aurait été directement menacé. Par ailleurs, ce renforcement oriental était aussi dicté par l'humiliation récente qu'avait fait naître l'audacieux bombardement de Tokyo lors du
raid Doolittle, le 18 mai 1942.

    Il est clair qu’une victoire à Midway et dans les îles Hawaii aurait eu d’immenses conséquences sur le cours de la Deuxième Guerre mondiale. En 1942, les États-Unis n’étaient pas encore remis du choc de Pearl Harbor, et l’
US Navy n’était pas encore la puissance navale qu’elle devait être deux ans plus tard. Pour les Américains, il fallait gagner du temps dans le Pacifique, alors qu'au même moment ils concentraient la majeure partie de leurs moyens dans une autre direction océanique et continentale: l'Atlantique, l'Afrique et l'Europe.

    En effet, au lendemain de Pearl Harbor,
Winston S. Churchill parvint à faire accepter à Franklin D. Roosevelt l’idée que le théâtre européen devait être le théâtre des opérations prioritaire (conférence d'Arcadia en décembre 1941 et janvier 1942). La libération de l’Europe prenait donc le pas sur la victoire contre le Japon. Faire admettre cela aux Américains n’était pas évident quant on sait ce que fut pour eux le choc psychologique de l’attaque du 7 décembre 1941, "the Day of infamy".

    Par conséquent, 1942 devait être une année de temporisation pour l’US Navy qui manquait de bâtiments dans le Pacifique. Une victoire japonaise à Midway, en juin 1942, aurait sensiblement contrarié la stratégie anglo-américaine, obligeant à un redéploiement des moyens navals de l’Atlantique dans le Pacifique, ce avec de terribles conséquences sur le cours du conflit en Afrique et en Europe… Une année de temporisation d’autant plus nécessaire qu’en mai 1942 eut lieu une grande bataille aux portes même de l’Australie: la
bataille de la Mer de Corail.

    La bataille de la mer de Corail

    La poussée fulgurante de l’armée impériale dans le Sud-Est de l’Asie l’avait amenée jusqu’en Papouasie Nouvelle-Guinée au printemps 1942, où elle se heurta aux porte-avions américains qui lui avait échappés lors du carnage de Pearl Harbor. Pour la première fois dans l’histoire de la guerre sur mer, deux flottes s’affrontèrent au-delà de l’horizon par aviation embarquée interposée. Cette dilatation sans précédent du champ de bataille naval devait se retrouver lors de la bataille de Midway, et devenir désormais la norme de l’affrontement sur mer.

Le porte-avions USS Yorktown en Mer de Corail (mai 1942)

    Il fut difficile de déterminer qui fut le véritable vainqueur de la bataille de la Mer de Corail au moment où elle fut livrée. Elle fut un apparent match nul, mais à regarder de plus près et eu égard aux capacités de redéploiement des adversaires, l'affrontement avait davantage pénalisé les Japonais dont l'offensive contre l'Australie fut stoppée, et dont le potentiel offensif fut érodé de manière significative (1). La bataille de la Mer de Corail empêcha, en effet, à 3 porte-avions de la Marine impériale de participer au prochain affrontement à Midway. Le
Shoho fut coulé, le Shokaku suffisamment endommagé pour ne pas pouvoir être réparé à temps, et le Zuikaku perdit tellement d'avions et de pilotes qu'il n'était plus opérationnel. Il ne fait aucun doute que les nombreux pilotes japonais perdus en Mer de Corail ont fait défaut un mois plus tard à Midway. Mais le pire fut l’insuffisance du renseignement japonais quant à l’évaluation exacte du potentiel aéronaval américain. Ainsi, le porte-avions USS Yorktown - l’un des quatre porte-avions américains alors disponibles à ce moment là dans le Pacifique -, touché par une attaque, fut donné pour coulé. Réparé en un temps record - en trois jours seulement! - à Pearl Harbor, il fut de nouveau engagé pour défendre Midway quelques semaines plus tard.

    L’insuffisance du renseignement japonais fut également patente dans la mesure où les services de renseignement américains – aidés par leurs homologues britanniques et néerlandais – venaient de casser le code de cryptage de la Marine impériale (JN 25). Ainsi, si l’
Amiral Chester W. Nimitz ne fut finalement prévenu que tardivement - à la veille, de la bataille - de l’objectif réel des Japonais, les renseignements dont il disposait étaient fiables et lui permettaient de jouer incontestablement avec un coup d’avance. Alors que les Japonais espéraient en finir avec les porte-avions américains à Midway, ce fut le contraire qui devait se passer. Non seulement la défense de l’atoll fut considérablement renforcé, mais deux Task forces - et non une - s’avançaient vers la flotte d’invasion japonaise: la Task force 16 articulée autour des porte-avions USS Enterprise et USS Hornet, et la Task force 17 autour de l’USS Yorktown. S’attendant à affronter deux porte-avions, la Marine impériale devait en affronter trois.

    Le tombeau des porte-avions japonais

    Le plan japonais dispersa d’emblée ses forces sur un espace considérable. Pas moins de quatre flottes de combat opérèrent lors de la bataille pour Midway. Tout d’abord une force de diversion chargée d’aller frapper l’Alaska et les îles Aléoutiennes. L’objectif étant de distraire l’US Navy, afin d’affaiblir la défense de Midway. Cette première opération fut un échec du fait de la connaissance exacte des intentions japonaises par le commandement américain. Elle n’en mobilisa pas moins - et  inutilement - 2 porte-avions et 4 cuirassés.

L'Amiral Chiuchi Nagumo (1887-1944) commandait la force aéronavale qui devait couler les porte-avions américains et rendre possible l'invasion de Midway

    La force principale était celle de l’Amiral Nagumo. Forte de 4 porte-avions – le
Soryu, le Hiryu, l’Akagi et le Kaga -, elle constituait le fer de lance de l’offensive japonaise contre Midway. C’est elle qui soutint l’essentiel de l’affrontement, cherchant à détruire les défenses américaines autour et dans l’atoll. L’isolement de celui-ci devant permettre le débarquement d’une force d’invasion aux ordres du Contre-amiral Nobutake Kondo. Plus en arrière, une quatrième flotte, commandée par l’Amiral Isoroku Yamamoto, devait aider à la destruction de la flotte américaine en cas de confrontation navale générale, notamment avec ses 3 cuirassés dont le plus grand du monde: le Yamato.

    La première rencontre eut lieu le 3 juin, lorsque les Américains, ayant repéré la force de débarquement japonaise, l’attaquèrent. Ce fut un échec tactique pour eux, mais ils montrèrent aux Japonais que l’effet de surprise était désormais nul. La véritable bataille ne commença que le lendemain lorsque de part et d’autre les porte-avions lâchèrent leurs groupes aériens contre leurs objectifs. Pour les Japonais, il fallait repérer les porte-avions américains et les couler tout en détruisant les défense de Midway. Pour les Américains, il fallait trouver les porte-avions japonais et les couler afin de desserrer l’étau autour de l’atoll.

Douglas SBD Dauntless

Brewster F2A Buffalo

Grumman F4F Wildcat. En 1942, les appareils américains en service dans l'Air Force et la Navy étaient déclassés, nonobstant des qualités de robustesse notamment pour le Wildcat. C'est avec de vieux appareils aux performances bien inférieures à celles du Zero japonais que les Américains durent se battre à Midway. Ce n'est qu'à partir de 1943 qu'une nouvelle génération de chasseurs donna aux pilotes américains les moyens de la supériorité aérienne

   
Inexpérimentés pour beaucoup – notamment ceux des groupes aériens de l’USS Hornet -, équipés d’appareils lents et obsolètes face aux terribles Mitsubishi Zero japonais, les pilotes américains vont d’emblée essuyer des pertes terribles. En matinée, une première vague d’assaut japonaise dévaste l’atoll, mais les appareils américains ont eu le temps de décoller, les uns pour défendre l’île, d’autres pour attaquer la flotte japonaise.

    Durant ce premier et unique assaut, les appareils de reconnaissance japonais et américains cherchent à localiser les porte-avions adverses. Si les Américains marquent le premier point en repérant rapidement le groupe aéronaval japonais, leurs premières attaques sont catastrophiques. Plusieurs escadrilles sont anéanties avant même de pouvoir approcher les porte-avions japonais, les Zeros opérant un véritable massacre face à des appareils techniquement surclassés et dont les pilotes n’ont que leur courage à opposer.

    Mais le sacrifice des pilotes américains n’est pas inutile. Il épuise la chasse japonaise, dont les appareils à court de carburant doivent apponter pour se ravitailler au moment où ceux de la première vague d’assaut contre Midway de retour de leur raid doivent eux aussi apponter et se ravitailler. C’est l’instant crucial de la bataille, où le système tactique japonais est à son point de tension maximum: les 4 porte-avions ayant lancé simultanément l’assaut contre Midway - tout en parant les premières contre-attaques aériennes américaines -, leurs groupes aériens doivent ravitailler au même moment laissant la flotte sans protection pendant de longues minutes.

La légèreté de sa construction fit du Mitsubishi Zero un appareil particulièrement maniable et dangereux face aux appareils américains lourds et obsolètes. Cependant, à partir de 1943, les Zeros durent affronter des chasseurs de supériorité aérienne nouveaux - notamment les Vought F4U Corsair) - qui les surclassèrent jusqu'à la fin du conflit

    C’est à ce moment qu’une nouvelle escadrille américaine de bombardiers en piqué surgit et attaque les porte-avions japonais dont les ponts sont encombrés d’avions prêts à redécoller. Le 4 juin 1942, à 10.25 du matin, l’Akagi, le Kaga et le Soryu sont touchés à mort. En moins de 5 minutes, les pilotes de l’aéronavale américaine ont renversé le cours de la bataille, détruisant 3 des 4 porte-avions de l’Amiral Nagumo. Le choc est terrible pour les marins japonais. Les incendies qui ravagent les 3 porte-avions sont visibles à des kilomètres à la ronde par toute la flotte. Le quatrième et dernier porte-avions japonais, le Hiryu, tente alors désespérément de faire la différence en lançant deux vagues de bombardiers et de torpilleurs contre le USS Yorktown repéré peu de temps auparavant. Le porte-avions américain est atteint par 3 bombes aux alentours de midi, et 2 nouvelles torpilles le frappent encore vers 15.00, mais il flotte toujours et commence à s’éloigner du champ de bataille.

    À 17.00, alors que le Hiryu s’apprête à lancer une troisième vague pour achever le Yorktown, il est repéré et attaqué par des bombardiers américains qui ne lui laissent aucune chance. En flamme et désemparé, le dernier porte-avions de l'Amiral Nagumo devait couler le lendemain. En une journée, le groupe aéronaval japonais a été anéanti! Après ces terribles pertes pour la Marine impériale japonaise, la bataille se prolongea durant quelques heures. Le sous-marin japonais
I-168 repéra le USS Yorktown gravement endommagé et le coula ainsi qu’un destroyer d’escorte, le USS Hammann. Deux croiseurs lourds du Contre-amiral Kondo, victimes d’une collision et ralentis, furent également attaqués par les Américains. Le Mikuma fut coulé et le Mogami très gravement endommagé.

    Les Américains se retirèrent rapidement du champ de bataille, empêchant l’Amiral Yamamoto de poursuivre la lutte avec ses cuirassés, ce dernier ayant pour objectif d'approcher suffisamment les porte-avions de la Navy pour les attaquer au canon. Le score était, cependant, sans appel contrairement à la précédente bataille de la Mer de Corail. Pour 1 porte-avions perdu, l’US Navy en avait coulé 4, mais le pire pour les Japonais résidait dorénavant dans l’immense difficulté de leur industrie à les remplacer au moment même où le Victory program commençait à produire ses premiers effets et que le temps jouait désormais en faveur des Américains.

Symbole de la défaite japonaise à Midway, le dernier porte-avions de l'Amiral Nagumo, le Hiryu, est en flamme, le pont d'envol éventré par les bombes américaines. La photographie a été prise le 5 juin 1942, et le bâtiment n'a plus que quelques heures avant de sombrer

    En souvenir de cette grande bataille qui marque la fin de l'expansion japonaise dans le Pacifique, l'US Navy donna le nom de "Midway" à l'un de ses porte-avions. Le
CV 41 USS Midway (Carrier Vessel), retiré du service actif en 1992, mouille actuellement dans l'immense rade militaire de San Diego, face à la presqu'île de Coronado, où il a été transformé en musée flottant. Sur le pont inférieur sont exposés quelques uns des appareils de l'aéronavale américaine de la Deuxième Guerre mondiale. Sur le quai où se trouve amarré le bâtiment, un buste du vainqueur de la bataille de Midway, l'Amiral Raymond A. Spruance, a été érigé ainsi que deux autres monuments, l'un à la gloire des porte-avions de l'US Navy et l'autre dédié aux hommes et femmes de l'US Navy ayant servi dans le Pacifique de 1941 à 1945.

(1) Lors de la bataille de la Mer de Corail, les Japonais perdirent un porte-avions: le Shoho. Un deuxième fut gravement endommagé: le Shokaku. L'US Navy perdit le porte-avions USS Lexington et le USS Yorktown fut aussi gravement endommagé.
Par America Home of the Brave - Publié dans : Histoire - Communauté : Passion Histoire
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