SADR CITY, LA PROCHAINE BATAILLE URBAINE ?
C’est au lendemain de la chute de Saddam
Hussein que le quartier qui porte son nom dans Bagdad est renommé Sadr City, du nom de la famille de l’Imam Moqtada Al Sadr et de son père. Le quartier est aussi appelé par ses
habitants “Al Thawra”, ce qui veut dire la “ville de la révolution”. Sadr City est un quartier situé au Nord-Est de la capitale, de forme carrée, quadrillée par une trame viaire orthogonale et
constituant une vaste partie de Bagdad. La population est estimée entre 2 et 3 millions d’habitants soit autant si ce n’est davantage qu’une métropole comme Paris.
Divisé en 6 parties administratives, le quartier de Sadr City figure comme le plus pauvre de Bagdad. La population, chiite dans sa majorité, y est particulièrement défavorisée,
avec un chômage endémique, des logements et des infrastructures en très mauvais état. Le courant électrique ne fonctionne que par intermittence, les ordures ne sont pas ramassées de manière
régulière, et les eaux usées inondent fréquemment les rues du fait du manque d’entretien du réseau d’égoût. Par endroit, des cas de peste ont même été détectés.
Rue de Sadr City
Nombre de criminels de droit commun, relâchés par Saddam Hussein à la veille de l’offensive américaine de 2003, ont trouvé refuge dans Sadr City. C’est également dans ce
quartier de misère sociale, que Moqtada Al-Sadr trouve son plus fervent soutien populaire, qu’il recrute également en masse les combattants de l’Armée du Mahdi.
Le bras de fer qui oppose les Chiites fidèles au gouvernement de Nouri
Al-Maliki et les Chiites radicaux du mouvement sadriste fait de Sadr City un lieu de vives tensions. Dès le début de l’opération Knight assault sur Bassorah, les sadristes ont
repris les armes dans les villes des provinces du Sud, mais aussi dans Bagdad. Mais alors que les provinces méridionales ont été rapidement sécurisées, et que les opérations de nettoyage se
poursuivent dans Bassorah où l’Armée du Mahdi est asphyxiée, l’attention a été rapidement focalisée sur Sadr City où les combats opposant les forces de sécurité irakiennes – et maintenant les
forces américaines – à celles de l’Armée du Mahdi ont gagné en intensité.
Une victoire irakienne : le port d'Umm Qasr le vendredi 11 avril 2008. La reprise des activités du port était un objectif de l'opération Knight
assault, même si des quartiers de Bassorah restent encore disputés à l'Armée du Mahdi
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D’après l’ONU,
il y aurait déjà 700 morts dans tout le pays depuis le déclenchement de l’offensive sur Bassorah, essentiellement des combatants de l’Armée du Mahdi. Les pertes
humaines sont désormais en augmentation dans Sadr City et un autre quartier chiite de Bagdad, Kazimiya, où en dépit du cessez-le-feu demandé par Moqtada Al-Sadr à ses propres troupes, le 30 mars
dernier, l’Armée du Mahdi continue d’attaquer les forces de sécurité irakienne. Bombardement au mortier sur les check points et pose d’IED connaissent une recrudescence dans Sadr City. Par haut-parleurs et dans certaines mosquées
du quartier, les Sadristes décrivent les attaques menées contre les patrouilles irakiennes et américaines. Dans les faits, la trêve de Moqtada Al-Sadr semble bel et bien enterrée.
Les forces de sécurité irakiennes sont étroitement soutenues par l’armée américaine dans des combats qui font figure de test pour elles. Les soldats américains assurent donc un
ravitaillement permanent et sans faille, aident également au renseignement et appuient les assauts avec des frappes aériennes. Il faut donner confiance à cette jeune armée irakienne.
Une avenue dans Sadr City
Il faut également ravitailler la population de Sadr City qui commence à souffrir de pénurie alimentaire et d’un manque d’eau. C’est notamment en faisant entrer des convois
humanitaires dans le quartier, qu’Irakiens et Américains se sont heurtés aux combattants sadristes. Sadr City est, donc, un quartier désormais encerclé. Tous les accès du quartier sont sévèrement
contrôlés et de nouveau check points sont en train d’être mis en place. Les véhicules sont aussi interdits d’accès. Des corridors permettent d’exfiltrer la population.
Un convoi de ravitaillement alimentaire est sur le point d'être envoyé dans Sadr City
Les forces gouvernementales et américaines tentent des incursions vers le centre de Sadr City dont on ne sait si ce ne sont, en fait, des reconnaissances des défenses adverses
en prévision d’une prochaine bataille générale. L’expérience de Fallujah est présente, même si à Sadr City
il faudrait livrer un combat dans un environnement presque dix fois plus peuplé qu’à Fallujah… Des mouvements et des concentrations de troupes ont d’ores et déjà lieu dans le Nord-Est de Bagdad.
2 brigades de l’armée irakienne seraient ainsi en cours de déploiement, en support de la brigade militaire et celle de police opérant en ce moment en périphérie de Sadr City. Surtout, 9
bataillons de l’US Army (3 brigades) opèrent déjà dans ou à proximité du grand
quartier chiite. 3 bataillons dont 2 bataillons de Stryker (1) sont déjà engagés aux côtés des forces de sécurité irakienne. Sadr City est survolé de jour comme de nuit par des
drones, et les positions identifiées de l’Armée du Mahdi subissent déjà des
frappes aériennes.
De Najaf, plusieurs dirigeants du mouvement sadriste, dont Moqtada Al-Sadr lui-même, ne s’y sont pas trompés, et ont appelé à l’arrêt des combats. Une bataille de type Fallujah
dans Sadr City – rendue possible du fait de la concentration des combattants de l’Armée du Mahdi – anéantirait le potentiel militaire du mouvement sadriste, par conséquent une grande partie de sa
force politique.
(1) Les unités Stryker sont des unités mécanisées légères, très mobiles et utilisant des moyens de communication sophistiqués. Elles sont particulièrement bien adaptées au combat en milieu
urbain, et annoncent dans un proche avenir les brigades FCS.
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