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Vendredi 11 avril 2008
Le nouveau drapeau irakien. Dans certains quartiers sunnites de Bagdad on peut encore voir flotter l'ancien drapeau avec les trois étoiles du parti Baas

    Alors que les médias ne nous parlent quasiment plus de la situation dans Bassorah où l’Armée du Mahdi est, très vraisemblablement, sur le point de s’effondrer sous les coups de l’opération « Knight assault »,
l’attention se concentre désormais sur Bagdad. Après une présentation toujours aussi partisane et unilatérale des événements par les médias français, voilà que des éléments importants peuvent être maintenant recoupés, nous permettant de mieux nous représenter ce qui se passe en Irak en ce moment même.

    Les combats se poursuivent depuis le déclenchement de l’offensive contre l’Armée du Mahdi, le 25 mars dernier. Une offensive voulue par le Premier Ministre irakien Nouri Al-Maliki
et les Américains, nonobstant le manque de coordination initial des deux acteurs au plan militaire. Ce manque de coordination et la précipitation d’Al-Maliki avaient expliqué la débandade d’une partie de la 52e Brigade dans Bassorah, immédiatement présentée comme une défaite majeure alors que la bataille venait à peine de commencer.

    Cette bataille se poursuit à l’heure actuelle, mais désormais ce sont les
forces de sécurité irakiennes - systématiquement soutenues par les forces de la coalition - qui font la différence. Toutes les villes des provinces du Sud du pays ont été sécurisées en quelques jours, et l’Armée du Mahdi ploie sous les coups des forces gouvernementales qui sont parvenues à entrer dans Bassorah, à y nettoyer plusieurs quartiers et à reprendre le contrôle stratégique des deux ports pétroliers.

    La puissante milice chiite de Moqtada Al-Sadr
est également encerclée et assiégée dans Bagdad depuis plusieurs jours. Alors qu'articles et reportages nous présentaient « Knight assault » comme un échec d’autant plus désastreux que l’opération déclenchait une flambée de violence incontrôlable dans tout le pays, c’est le contraire qui se passe… Partout, le mouvement sadriste a été contenu et repoussé au plan militaire, et il semblerait que c’est sa survie politique qu’il joue désormais.

Milicien de l'Armée du Mahdi

    À Bagdad, la situation n’a plus rien à voir avec les années sanglantes du début de la guerre. Certes, des combats ont encore lieu et les Sadristes ont voulu récemment redonné l’image d’un chaos à l’échelle d’une métropole de 6 000 000 d’habitants. Les faits infirment cette vision, et de grandes parties de Bagdad sont calmes et pacifiées à l'heure actuelle. Les gens y vivent normalement quand bien même certains reportages télévisés voudraient focaliser sur les plus mécontents… Les combats se concentrent désormais sur l’ancien quartier Saddam Hussein rebaptisé depuis 2003 Sadr City à l’Est de la ville. C’est dans ce quartier que Moqtada Al-Sadr dispose du soutien populaire le plus important, et où il recrute une grande partie de sa milice. C’est ce quartier qui est maintenant encerclé par les forces de sécurité irakiennes et l’armée américaine, et qui est soumis à des frappes aériennes permanentes.

    L’Armée du Mahdi est la milice de Moqtada Al-Sadr. Elle est la milice chiite la plus puissante, la mieux organisée, la plus dangereuse. Elle est
directement équipée par l’Iran, qui y a développé des cellules terroristes dormantes appelées "groupes spéciaux". Depuis sa création, elle est définie par Washington comme une organisation maffieuse, criminelle et terroriste, dont les actions attisent systématiquement les braises de la guerre civile interconfessionnelle en Irak. C’est cette Armée du Mahdi qui est directement visée par Nouri Al-Maliki et, avec elle, la puissance militaire du mouvement de Moqtada Al-Sadr.

    À l'heure actuelle, le bilan chiffré des pertes que d'aucuns tentent de faire passer pour celui de "civils innocents" frappés par les bombardements aveugles des Américains correspondrait en fait aux pertes essuyées par l'Armée du Mahdi. Il y a en tout cas une concordance entre ces chiffres et ceux des rapports de la coalition. Toujours est-il que dans toutes les confrontations menées depuis 2004, l'Armée du Mahdi a payé un prix humain élevé d'où le sens des cessez-le-feu plusieurs fois reconduits par Moqtada Al-Sadr. Alors que nous ne voudrions voir dans les trêves de l'Armée du Mahdi que le seul facteur du recul des violences en Irak durant l'année 2007 - ce qui n'est pas totalement à exclure non plus -, n'oublions pas que lesdites trêves ont eu aussi pour objectif de préserver la milice chiite de la destruction pure et simple.

    Or le Premier Ministre irakien - au-delà du rétablissement de la situation militaire - marque également des points au plan politique. Disposant de l’appui de toutes les grandes forces politiques irakiennes, qu’elles soient sunnites, kurdes ou chiites, il peut s’opposer frontalement au mouvement sadriste désormais isolé sur la scène politique nationale. Moqtada Al-Sadr qui avait ainsi prévu de commémorer le 5e anniversaire de la chute de Saddam Hussein le 9 avril dernier dans Bagdad même, a dû annuler cette manifestation géante. Hassan Al-Rubaie, un député sadriste le reconnaissait dernièrement : « Même ceux qui par le passé nous avaient soutenu, aujourd’hui, sont contre nous, et nous ne pouvons pas les empêcher de prendre une mesure contre nous au Parlement ».

    Le Grand Ayatollah Ali Al-Sistani
– la plus haute autorité religieuse en Irak – a également apporté, il y a deux jours, son soutien au gouvernement Al-Maliki. Parlant en son nom, l’un des chefs du Conseil suprême islamique d’Irak (un parti politique chiite opposé au mouvement sadriste), Jalal el Din Al-Saghier, a annoncé, hier, que pour Ali Al-Sistani “la loi est la seule autorité dans le pays”, sous-entendant ainsi que Moqtada Al-Sadr doit s'y soumettre. Le désaveu est patent pour l'Imam radical.

    La situation est d’autant plus difficile pour ce dernier, qu’Al-Maliki a posé pour condition la dissolution de toutes les milices armées pour les partis désirant se présenter aux élections provinciales du mois d’octobre prochain. Al-Sadr a donc tenté de lier la question du démantèlement de sa milice à une décision du haut clergé chiite, allant jusqu’à affirmer que celui-ci s’opposait à ce démantèlement. Mais Ali Al-Sistani a récemment démenti toute conversation avec le jeune Imam sur le sujet, et c'est à Al-Sadr désormais de décider seul selon Al-Saghier.

Le Général David H. Petraeus et le Brigadier Général irakien Abdullah (Bagdad Est - Avril 2008)

    Alors que le processus démocratique irakien tente de trouver sa voie dans cet affrontement, le Général David H. Petraeus
a rendu son rapport sur la situation en Irak, devant le Congrès américain, le 8 avril. Dans ce rapport où il décrit les évolutions majeures et positives de l’année 2007, il indique également que « le progrès réalisé depuis le dernier printemps est fragile et réversible ». Le Général Petraeus souligne aussi officiellement le rôle « destructeur » de l’Iran en Irak. Un fait que le Président George W. Bush a relayé dans son discours d’hier, présentant l’Irak comme « le point de convergence de deux des plus grandes menaces pour l'Amérique dans ce nouveau siècle : Al-Qaida et l'Iran”.

    Le « Surge »
de George W. Bush a donc été un incontestable succès même s'il reste encore beaucoup à faire. Mais conscient de la partie décisive qui se joue en ce moment, le Commandant en chef de la coalition en Irak préconise une « pause » dans le calendrier de retrait des troupes. C’est cette question du retrait des forces américaines d’Irak entre autres qui, pour des raisons évidemment différentes, provoque l’affrontement entre Nouri Al-Maliki et Moqtada Al-Sadr, mais aussi l’affrontement entre les candidats à l’élection présidentielle aux Etats-Unis. Le « Surge » consistait en un renfort de 30 000 hommes mais dans un temps limité, les brigades envoyées en Irak en 2007 devant retourner aux Etats-Unis dans le courant de l’année 2008. À l’heure actuelle, il y a 158 000 soldats américains qui combattent en Irak. En juillet prochain, ce chiffre devrait tomber à 140 000 avec le retrait de 5 brigades.

    S’appuyant sur les recommandations de Petraeus, George W. Bush vient de décider, hier, le gel du retrait des forces à l’été 2008. Les forces américaines resteront, donc, jusqu’à la fin de son mandat présidentiel à hauteur de 140 000 hommes, afin de ne pas compromettre l’indispensable stabilisation dont l’Irak a besoin. Cette décision courageuse et responsable, qui soutient les militaires américains, mais aussi le processus démocratique en Irak, donne du temps à Petraeus. Elle reste dans la logique de l’engagement voulu depuis 2003, et lègue à la prochaine administration une situation irakienne qui, à défaut d’être satisfaisante, n’est pas non plus celle du chaos et de la guerre civile généralisée que tant attendaient, voire souhaitaient.

George W. Bush a décidé de geler le retrait des troupes américaines jusqu'à la fin de son mandat, afin de permettre au Général Petraeus de consolider le processus démocratique en Irak

    "We asked our Soldiers to sprint, and they did. We asked them to run a marathon, and they have. That marathon has become an enduring relay and our Soldiers continue to run, and at the double time. Does this exhaust the body and mind of those in the race, and those who are ever present on the sidelines, cheering their every step? Yes. Has it broken the will of the Soldier? No. Our Soldiers do not quit. They stand on a tradition of victory for this country, and don't just want to run the race, they want to win it. We can not take their resiliency for granted."

Général Richard A. Cody, Adjoint au Chef d'État-Major de l'US Army, le 9 avril 2008


Sources: « À Bagdad, les combats se poursuivent à Sadr City », in Le Monde du mardi 8 avril 2008. JAULMES (Adrien), « La milice radicale chiite est assiégée », in Le Figaro du jeudi 10 avril 2008. ROGGIO (Bill), The Long War Journal. TURLIN (Jean-Louis), « George Bush gèle le retrait de ses troupes d’Irak », in Le Figaro du jeudi 10 avril 2008.
par America Home of the Brave publié dans : Guerre d'Irak communauté : Passion Histoire
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  • : 20/10/2007
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