INFILTRATION IRANIENNE EN IRAK
Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad (1956-) entame, aujourd'hui, un voyage historique en Irak. Ce voyage, qui devrait s'achever le mardi 4 mars, marque une ouverture entre
les deux pays au terme de plusieurs décennies de conflit et de rejet mutuel. Il met également en exergue le rôle de plus en plus important que joue Téhéran dans la crise irakienne, au moment où Al Qaida recule militairement.
En effet, de nombreuses cellules terroristes impliquant les services secrets, voire les forces spéciales, du régime iranien ont été révélées, notamment dans Bagdad où l’Imam Moqtada Al-Sadr a
reconduit pour six mois un cessez-le-feu unilatéral. C’est par l’Iran que passe l’armement des insurgés ainsi que l’équipement des milices
islamistes chiites (lance-roquettes, mines, EFP), mais où sont aussi entraînés les cadres de l’insurrection. Les
Etats-Unis accusent les Gardiens de la Révolution (Sepahé Pasdaran) d’être au cœur de ce soutien.
Emblème des Gardiens de la Révolution
Considérés comme une organisation terroriste par Washington, les Gardiens de la Révolution, contrôlent des parties entières de l’économie iranienne, et jouent un rôle majeur
dans l’actuelle crise nucléaire qui oppose l’Iran à la communauté internationale. Mahmoud Ahmadinejad est, lui-même, un ancien Pasdaran. Son
triomphe à l’élection présidentielle du 24 juin 2005, marque incontestablement la victoire des Gardiens de la Révolution au plus haut niveau de l’État iranien. Les Pasdarans constituent le noyau
le plus radical de la Révolution islamiste iranienne. Ils en ont élaboré la stratégie révolutionnaire et expansionniste, ainsi qu’une doctrine de guerre asymétrique qu’ils appliquent dans la
bande de Gaza en soutenant le Hamas, au Liban en soutenant le Hezbollah, en Irak en
soutenant les éléments les plus extrémistes de l’Armée du Mahdi. L’organisation est née en mai 1979 avec le renversement de Mohammad Reza Pahlavi ((1919-1980) dit le Chah d’Iran, et le triomphe
de l’Ayatollah Ruhollah Musavi Khomeini (1902-1989). Destinée à protéger le régime islamiste de ses ennemis de l’intérieur comme de
l’extérieur, les Pasdarans forment une armée de 350 000 hommes, et disposent de forces spéciales : la Force Qods.
Défilé de Pasdarans dans Téhéran
Mohammed Abdullah Shahwani, le Directeur des services de renseignement irakien, accuse l’Iran d’entretenir l’instabilité en Irak. Des éléments de la Force Qods seraient ainsi à
l’origine de nombreux sabotages et d’attaques visant directement le mouvement du « Réveil des tribus » ainsi
que les « Fils de l’Irak ». Cette dernière organisation est issue de regroupements locaux de citoyens
désirant endiguer la violence et le terrorisme. L’alliance des tribus sunnites et les « Fils de l’Irak » ont permis au Général Petraeus
de reprendre le contrôle de la plus grande partie du pays. L’Iran est, donc, en train de constituer des réseaux de cellules terroristes en Irak, et la guerre avec les Etats-Unis aurait commencé
d'une certaine manière par Irakiens interposés. Les raids de la coalition dans Bagdad, et ailleurs, ont permis ce mois-ci de saisir de nombreux documents, des armes, mais également de capturer
des agents iraniens chargés de financer le terrorisme. En Irak, l’objectif de Téhéran est d'entretenir l’instabilité afin de fixer et d’épuiser l’armée américaine, tout en disposant d’un moyen de
pression dans la crise nucléaire face aux sanctions de la communauté internationale.
Bagdad, le dimanche 2 mars 2008. Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad est accueilli par le Président irakien Jalal Talabani
Au moment où le Président Ahmadinejad débute son périple irakien, l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique (AIEA), en la personne de son
Directeur-adjoint le Finlandais Olli Heinonen, a rendu public le 25 février dernier des documents prouvant que l'Iran a continué son programme militaire nucléaire au-delà de 2003, contrairement à
ce qu'affirmait un récent rapport émanant de la communauté du
renseignement américain en décembre 2007, et qui avait produit une polémique. Que ce soit à l'échelle de la crise irakienne, à l'échelle d'un axe régional qui va du Liban à l’Ouest à
l’Afghanistan à l’Est, en passant par la Syrie et l’Irak, ou que ce soit à l'échelle internationale avec la crise nucléaire, l'Iran se révèle plus que jamais comme une puissance perturbatrice et
dangereuse pour la paix.
Sources : HUGEUX (Vincent), « Ahmadinejad en Irak: l'enjeu nucléaire », in L’Express du vendredi 29 février 2008. « NOUGAYREDE (Nathalie), « Les Pasdarans iraniens au cœur de la crise
avec l’Occident », in Le Monde du samedi 7 avril 2007. NOUGAYREDE (Nathalie), "L'AIEA détient des preuves que l'Iran a mené un programme nucléaire militaire après 2003", in Le
Monde du samedi 1er mars 2008. OIF.
Une rue de Téhéran le lundi 8 mai 2006
par America Home of the Brave
publié dans :
Guerre d'Irak
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