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Dimanche 11 mai 2008
T-WALL DANS SADR CITY
Plan paru dans The Washington Post le 24 avril 2008 (source : The Long War Journal)

    Dans le courant du mois d’avril, les forces américaines ont commencé à construire un mur dans Sadr City. Comme les autres murs déjà érigés dans Bagdad, il est appelé T-Wall du fait de la forme de ses modules en forme de « T ». Ce mur, actuellement en construction, s'appuie au Sud sur le grand canal qui traverse Bagdad entre le Tigre et un de ses affluents, pour s'arrêter au Nord le long de la rue Al-Qods. Cette rue principale de Sadr City est un axe stratégique qui isole le tiers Sud du grand quartier chiite  le long d'une ligne Sud-Est/Nord-Ouest. Si les Américains parviennent à construire ce T-Wall, ils isoleront et prendront le contrôle d'un tiers de Sadr City.

Le T-Wall de la rue Al-Qods le 12 mai 2008. La partie de l'enceinte déjà construite figure en vert (80%). En rouge demeure la partie restante du mur à finir. Les figurés indiquent les principales unités irakiennes et américaines qui se trouvent dans et autour de Sadr City, et plus particulièrement dans les sous-quartiers d'Ishbilyah et d'Habbibiyah désormais ceinturés par le T-Wall. L'espace aérien est surveillé en permanence par les hélicoptères de combat et les drones (Unmanned Aerial Vehicle)

    Son érection répond à deux objectifs : d’abord faire reculer la zone de Sadr City – les quartiers de Ishbilyah et d’Habbibiyah - d’où parte la majeure partie des tirs qui tentent de frapper la
Zone verte située quelques kilomètres plus au Sud. Ensuite, il s’agit de prendre le contrôle de ces deux quartiers en empêchant tout mouvement de combattants, en nettoyant les multiples caches d’armes et en faisant parvenir l’aide humanitaire en toute sécurité.

Mise en place d'un élément T-Wall sous la protection d'un M2/M3 Bradley dans la rue Al-Qods

    Par ailleurs, si cette tâche de sécurisation s’avérait efficace, il n’est pas impossible de la voire se reproduire et se multiplier ailleurs dans cette ville dans la ville qu’est Sadr City. Le fief des partisans de Moqtada Al-Sadr serait ainsi grignoté et pacifié au fur et à mesure de sa fragmentation de part et d’autre de T-Walls… À l’heure actuelle – et ce depuis le début du
« surge » -, la construction de ces murs dans Bagdad a été la meilleure solution trouvée jusqu'à présent pour séparer des populations qui se haïssent et qui se massacraient quotidiennement. Avec la multiplication des points de passage obligés et contrôlés, ils empêchent efficacement les mouvements des miliciens ainsi que leur ravitaillement.

    Inutile de dire que la construction de ce T-Wall le long de la rue Al-Qods est à empêcher à tout prix pour l’Armée du Mahdi, qui y voit à juste titre le début d’une stratégie de grignotage de Sadr City . Celle-ci ne peut que l’affaiblir. C’est pour cette raison que la plus grande partie des combats se déroulent actuellement et quotidiennement aux abords de la rue Al-Qods. Poses d’
IED, attaques au lance-roquettes, tirs de harcèlement contre les patrouilles irakiennes et américaines, contre les soldats du Génie américain qui sont en train de construire le mur.

Construction du T-Wall de la rue Al-Qods dans Sadr City sous la protection d'un cher M1A1 Abrams

    La bataille la plus violente eut lieu le 28 avril où l’Armée du Mahdi essaya de profiter d’une tempête de sable, gênant toute couverture aérienne, pour attaquer le T-Wall de la rue Al-Qods. Défendu par des chars M1A1 Abrams, M2/M3 Bradley, des hélicoptères Apache et des drones armés de missiles Hellfire, celui-ci agit désormais comme un véritable abcès de fixation pour la milice chiite qui a perdu 562 combattants depuis le début des combats à la fin du mois de mars. Ces pertes sont confirmées par la MNF-I, mais elles sont très vraisemblablement à revoir à la hausse, car les Américains estiment que de nombreux blessés dans les combats ont aussi succombé faute de soins adaptés. Des équipes de forces spéciales américaines agiraient également dans Sadr City actuellement.

Les photographies ont toutes été prises dans la rue Al-Qods (Sadr City) le 3 mai 2008

NB: Lire le récit de Tina Susman du Los Angeles Times.

par America Home of the Brave communauté : Passion Histoire
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Jeudi 1 mai 2008
L'Amiral Gary Roughead est l'actuel Chief of Naval Operations (CNO) de l'US Navy
  Emblème du CNO
   
    Le jeudi 24 avril 2008, l’Amiral Gary Roughead annonçait le rétablissement de la IVe Flotte. Héritages directs de la Deuxième Guerre mondiale
et de la Guerre froide, les flottes de guerre américaines sont, de nos jours et plus que jamais, les gardiennes permanentes des mers et des océans du globe. C’est sur elles que repose la formidable capacité de projection de l’armée américaine, mais aussi la capacité anti-balistique que les États-Unis sont en train d’élaborer à l’échelle mondiale: le bouclier anti-missiles.

    À l’heure actuelle 5 grandes flottes se partagent la garde des mers et des océans: la IIIe Flotte
(Est et centre du Pacifique), la VIIe Flotte (Asie-Pacifique), la Ve Flotte (océan Indien), la VIe Flotte (Méditerranée), la IIe Flotte (océan Atlantique). Ces flottes s’organisent en Carrier Strike Group, c’est-à-dire des groupes de combat constitués de 4 catégories principales de bâtiments. Au coeur du Carrier Strike Group se trouve le porte-avions à propulsion nucléaire de classe Nimitz – à l’exception du USS Enterprise CVN 65 et du USS Kitty-Hawk CV 63 – autour duquel s’articulent les croiseurs de classe Ticonderoga, les destroyers de classe Arleigh Burke et les sous-marins d’attaque de la classe Los Angeles. Suivent également les bâtiments du soutien logistique.
Emblème de la IIIe Flotte

    À ces 5 grandes flottes, l’US Navy vient donc de décider la création d’une sixième flotte. Il s’agira de la IVe dont le théâtre d’opérations sera l’Amérique du Sud, l’Amérique centrale et l’espace Caraïbes, soit l'espace d'une trentaine d'États. À ce titre, elle sera rattachée au Commandement régional Sud (United States SOUTHCOM)
dont elle sera désormais la composante navale, et sa grande base sera Mayport en Floride. En fait, il s’agit davantage d’une restauration que d’une création, car la IVe Flotte avait déjà été créée en 1943 afin de protéger les convois des sous-marins allemands dans l’Atlantique Sud. Elle fut cependant supprimée en 1950 et ses missions passèrent à la IIe Flotte.

Emblème de la VIIe Flotte

    Avec la remise à flot de la IVe Flotte, les États-Unis réaffirment l’importance stratégique qu’ils attachent à l’espace sud américain. Ce dernier est, en effet, un théâtre d’opérations majeur de la lutte contre la drogue, et la criminalité qui lui est liée (phénomène des maras
). Depuis des décennies, des exercices conjoints entre les différentes marines de la région – dont des bâtiments de guerre étatsunien – ont lieu (exercices multinationaux Unitas).

    À cela ajoutons aussi l’existence de guérillas marxistes encore vivaces dans un contexte de tensions géopolitiques (Colombie, Équateur, Vénézuéla), où une grande majorité de gouvernements latino-américains ont récemment basculé à gauche. Le rétablissement de la IVe Flotte est avant tout un signe politique destiné aux pays d’Amérique latine, que Washington avait négligé au profit du Moyen-Orient et de l’Asie centrale depuis le 11 septembre 2001.

    La IVe Flotte sera commandée par le Vice-Amiral Joseph Kernan,
qui sera lui-même subordonné au commandement du SOUTHCOM.

Sources: FARAM (MARK D.), "4th Fleet could return to Central, South America", in Navy Times,
saturday january 5, 2008. GRAG (Alan), "Navy reestablishes US 4th Fleet", USN website, april 24, 2008.


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Mercredi 23 avril 2008
LA RÉORGANISATION DU COMMANDEMENT AMÉRICAIN

    "I am honored to be nominated for this position and to have an opportunity to continue to serve with America's Soldiers, Sailors, Airmen, Marines, Coastguardsmen, and Civilians."

General David H. Petraeus, wednesday april 23, 2008


    Le Général David H. Petraeus a été nommé par George W. Bush Commandant du CENTCOM en remplacement de l'Amiral William J. Fallon. Le Lieutenant-Général Raymond T. Odierno qui fut son second jusqu'à présent, le remplace à la tête des troupes en Irak. Le Général Petraeus est l'un des officiers supérieurs américains qui, actuellement, connaît le mieux les problèmes au Moyen-Orient. Son récent rapport présenté le 8 avril dernier devant le Congrès des États-Unis avait mis en évidence de manière officielle l'action déstabilisatrice de l'Iran et de la Syrie en Irak. Sa nomination à la tête du CENTERCOM lui permet, désormais, d'élargir son action à l'Afghanistan mais, surtout, constitue un signal politique fort que l'administration Bush émet envers Mahmoud Ahmadinejad.

    Le United States Central Command (US CENTCOM) est l’un des dix grands commandements régionaux américains, qui se répartissent les grands théâtres d'opérations continentaux de la planète. Ces commandements intégrés - directement dépendants du Pentagone - permettent la gestion des crises et la projection rapide des forces américaines en n’importe quel point du globe.

Le Lieutenant-Général Ray Odierno prend désormais la tête du commandement des troupes en Irak (ici avec le Président George W. Bush en mars 2008)

    Créé à la fin des années 1970, le CENTCOM n’a cessé de voir grandir son importance stratégique depuis. Le basculement de l’Iran dans la révolution islamiste, l’invasion de l’Afghanistan par l'URSS, ainsi que la première Guerre du Golfe ont fait de ce commandement régional l'un des plus sensibles.


    Cependant, c’est avec la crise mondiale ouverte par les attentats du 11 septembre 2001, que le US CENTCOM voit sa dimension stratégique plus que jamais renforcée. Terrorisme, piraterie, et instabilités régionales se concentrent sur son aire de responsabilité, qui s’étend de la Corne de l’Afrique, au Moyen-Orient et à l’Asie centrale. Les théâtres d’opérations irakien et afghan lui sont subordonnés.

    L'espace géographique que recouvre le US CENTCOM comprend deux États nucléaires (Israël et le Pakistan) et un troisième en voie de le devenir (l'Iran). Si l'on y ajoute la Russie immédiatement située au Nord, la Chine et l'Inde à l'Est, on comprendra que ce commandement est de loin le plus important avec celui du
US Pacific Command (PACOM).

Aire de responsabilité du US CENTCOM

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Dimanche 13 avril 2008
SADR CITY, LA PROCHAINE BATAILLE URBAINE ?


    C’est au lendemain de la chute de Saddam Hussein que le quartier qui porte son nom dans Bagdad est renommé Sadr City, du nom de la famille de l’Imam Moqtada Al Sadr et de son père. Le quartier est aussi appelé par ses habitants “Al Thawra”, ce qui veut dire la “ville de la révolution”. Sadr City est un quartier situé au Nord-Est de la capitale, de forme carrée, quadrillée par une trame viaire orthogonale et constituant une vaste partie de Bagdad. La population est estimée entre 2 et 3 millions d’habitants soit autant si ce n’est davantage qu’une métropole comme Paris.

    Divisé en 6 parties administratives, le quartier de Sadr City figure comme le plus pauvre de Bagdad. La population, chiite dans sa majorité, y est particulièrement défavorisée, avec un chômage endémique, des logements et des infrastructures en très mauvais état. Le courant électrique ne fonctionne que par intermittence, les ordures ne sont pas ramassées de manière régulière, et les eaux usées inondent fréquemment les rues du fait du manque d’entretien du réseau d’égoût. Par endroit, des cas de peste ont même été détectés.

Rue de Sadr City

    Nombre de criminels de droit commun, relâchés par Saddam Hussein à la veille de l’offensive américaine de 2003, ont trouvé refuge dans Sadr City. C’est également dans ce quartier de misère sociale, que Moqtada Al-Sadr trouve son plus fervent soutien populaire, qu’il recrute également en masse les combattants de l’Armée du Mahdi.

    Le bras de fer qui oppose les Chiites fidèles au gouvernement de
Nouri Al-Maliki et les Chiites radicaux du mouvement sadriste fait de Sadr City un lieu de vives tensions. Dès le début de l’opération Knight assault sur Bassorah, les sadristes ont repris les armes dans les villes des provinces du Sud, mais aussi dans Bagdad. Mais alors que les provinces méridionales ont été rapidement sécurisées, et que les opérations de nettoyage se poursuivent dans Bassorah où l’Armée du Mahdi est asphyxiée, l’attention a été rapidement focalisée sur Sadr City où les combats opposant les forces de sécurité irakiennes – et maintenant les forces américaines – à celles de l’Armée du Mahdi ont gagné en intensité.

Une victoire irakienne : le port d'Umm Qasr le vendredi 11 avril 2008. La reprise des activités du port était un objectif de l'opération Knight assault, même si des quartiers de Bassorah restent encore disputés à l'Armée du Mahdi
`
    D’après l’
ONU, il y aurait déjà 700 morts dans tout le pays depuis le déclenchement de l’offensive sur Bassorah, essentiellement des combatants de l’Armée du Mahdi. Les pertes humaines sont désormais en augmentation dans Sadr City et un autre quartier chiite de Bagdad, Kazimiya, où en dépit du cessez-le-feu demandé par Moqtada Al-Sadr à ses propres troupes, le 30 mars dernier, l’Armée du Mahdi continue d’attaquer les forces de sécurité irakienne. Bombardement au mortier sur les check points et pose d’IED connaissent une recrudescence dans Sadr City. Par haut-parleurs et dans certaines mosquées du quartier, les Sadristes décrivent les attaques menées contre les patrouilles irakiennes et américaines. Dans les faits, la trêve de Moqtada Al-Sadr semble bel et bien enterrée.

    Les forces de sécurité irakiennes sont étroitement soutenues par l’armée américaine dans des combats qui font figure de test pour elles. Les soldats américains assurent donc un ravitaillement permanent et sans faille, aident également au renseignement et appuient les assauts avec des frappes aériennes. Il faut donner confiance à cette jeune armée irakienne.

Une avenue dans Sadr City

    Il faut également ravitailler la population de Sadr City qui commence à souffrir de pénurie alimentaire et d’un manque d’eau. C’est notamment en faisant entrer des convois humanitaires dans le quartier, qu’Irakiens et Américains se sont heurtés aux combattants sadristes. Sadr City est, donc, un quartier désormais encerclé. Tous les accès du quartier sont sévèrement contrôlés et de nouveau check points sont en train d’être mis en place. Les véhicules sont aussi interdits d’accès. Des corridors permettent d’exfiltrer la population.

Un convoi de ravitaillement alimentaire est sur le point d'être envoyé dans Sadr City

    Les forces gouvernementales et américaines tentent des incursions vers le centre de Sadr City dont on ne sait si ce ne sont, en fait, des reconnaissances des défenses adverses en prévision d’une prochaine bataille générale. L’expérience de
Fallujah est présente, même si à Sadr City il faudrait livrer un combat dans un environnement presque dix fois plus peuplé qu’à Fallujah… Des mouvements et des concentrations de troupes ont d’ores et déjà lieu dans le Nord-Est de Bagdad. 2 brigades de l’armée irakienne seraient ainsi en cours de déploiement, en support de la brigade militaire et celle de police opérant en ce moment en périphérie de Sadr City. Surtout, 9 bataillons de l’US Army (3 brigades) opèrent déjà dans ou à proximité du grand quartier chiite. 3 bataillons dont 2 bataillons de Stryker (1) sont déjà engagés aux côtés des forces de sécurité irakienne. Sadr City est survolé de jour comme de nuit par des drones, et les positions identifiées de l’Armée du Mahdi subissent déjà des frappes aériennes.

    De Najaf, plusieurs dirigeants du mouvement sadriste, dont Moqtada Al-Sadr lui-même, ne s’y sont pas trompés, et ont appelé à l’arrêt des combats. Une bataille de type Fallujah dans Sadr City – rendue possible du fait de la concentration des combattants de l’Armée du Mahdi – anéantirait le potentiel militaire du mouvement sadriste, par conséquent une grande partie de sa force politique.

(1) Les unités Stryker sont des unités mécanisées légères, très mobiles et utilisant des moyens de communication sophistiqués. Elles sont particulièrement bien adaptées au combat en milieu urbain, et annoncent dans un proche avenir les
brigades FCS.
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